Le Front d’action des syndicats de l’éducation de Eric Pethos a exprimé le vendredi 16 août 2019 son opposition à l’évaluation diagnostique des enseignants, Agents contractuels de l’Etat (Ace) reversés en 2008. Ainsi, il exhorte les enseignants à boycotter l’évaluation qu’organise le gouvernement le samedi 24 août 2019. Adoptant une telle position, le Front rame à contre-courant et prend le contre-pied des Centrales et Confédérations syndicales. Les enseignants qui suivront son mot d’ordre risquent gros, puisque le gouvernement a prévenu. 

Dirigé par Eric Pethos, le Front demande à ses militants de rester chez eux le samedi prochain. Au cours de sa sortie médiatique du vendredi dernier, le collectif des enseignants réuni au sein de cette formation syndicale a fustigé la démarche du gouvernement et exigé un consensus autour de la question d’évaluation. Pour ces derniers, les finalités de cette mesure ne sont pas véritablement clarifiées au cours des différentes sorties médiatiques et rencontres organisées par les membres du gouvernement. Aussi, affirment-ils que les enseignants reversés de 2008 ont bénéficié de plusieurs formations et qu’il paraît inopportun de se lancer dans une évaluation alors que les concernés sont déjà déclarés aptes à exercer le métier. Le Front n’a pas manqué de souligner que le gouvernement a essayé depuis un moment de cacher soigneusement les résultats desdits audits qui ont révélé des cas de faux diplômés tapis dans le rang des reversés de 2008. Cet argument dont on se sert pour valider le projet d’évaluation est pour le Front un argument fragile. Enfin le Front appelle le Gouvernement a suscité un débat élargi autour du sujet car une marche à pas forcé risque selon le Front  d’être difficilement gérable.

 

Le Front manque d’arguments  

 

Le Front d’action des syndicats de l’éducation n’a pas convaincu dans sa logique de boycotter l’évaluation diagnostique. Du début jusqu’à la fin de leur déclaration, les enseignants appartenant à cette organisation syndicale n’ont pu expliquer en quoi la mesure gouvernementale constitue un handicap pour l’appréciation du niveau réel des enseignants reversés de 2008. Leur sortie a manqué royalement d’apporter des arguments scientifiques assortis de chiffres concrets pour démontrer, sur le plan pédagogique, l’apport substantiel de ces enseignants de 2008 et les raisons qui justifient l’inefficacité d’une telle mesure d’évaluation. Rien de tout cela n’a été abordé par ce club d’enseignants contestataires qui a choisi de se camper sur des arguments de façade. Le premier argument qui se révèle léger est celui relatif à la formation des enseignants. Le Front estime que, parce que les enseignants Ace reversés de 2008 ont bénéficié d’une formation financée par les Partenaires techniques et financières Ptf et le Gouvernement, point n’est besoin de les évaluer. Pourtant, ce sont eux-mêmes qui avaient, de tout temps, fustigé les conditions dans lesquelles ces soi-disant formations se faisaient. Ces enseignants du Front peuvent-ils certifier, la main sur le cœur, que ces formations ont permis de relever réellement  le niveau de ces enseignants ? Peuvent-ils certifier que les enseignants qui traînent des carences dans cette masse d’Ace, le temps d’une formation cyclique, rattraper le retard génétique qu’ils ont accusé depuis les bancs? Autant de questions que le Front n’a pas voulues. Pourtant, les bureaux dirigeants successifs de ce même Front ont, de tout temps, fustigé le processus de reversement de 2008 et alerté sur les dégâts de cette décision du gouvernement défunt sur la qualité de l’enseignement. Comme le dit un ancien enseignant,  « On se connait sur le terrain de l’enseignement. Chacun sait à peu près ce que vaut son camarade ». Il n’y a donc vraiment rien à cacher dans ce secteur où les performances se savent. Les enseignants qui se sentent menacés par la mesure se connaissent parce qu’ils traînent simplement des carences. C’est en cela que le syndicalisme, loin d’être une résistance au régime, doit être un vrai mouvement d’accompagnement des réformes qui vont dans le sens de la qualité de l’enseignement.

 

Une sortie vide

 

 Les autres arguments avancés par le Front paraissent suffisamment légères dans le fond. Ils témoignent du peu de sérieux dans la démarche. D’abord, le Front affirme que la finalité de l’évaluation n’est pas bien clarifiée. Cette déclaration du Front paraît surprenante, car tout le processus d’évaluation a été préparé et conduit en parfaite intelligence avec toutes les centrales et confédérations syndicales. Si jusqu’à la veille de cette évaluation, le Front continue de s’interroger sur la finalité, il lui faudra tout simplement faire le geste humble qui consiste à se rapprocher des autorités au lieu de faire une sortie. Egalement, le Front demande à avoir les résultats d’audit qui a révélé les cas de faux diplômes dans le rang des reversés de 2008. Cet argument qui manque cruellement de réalisme témoigne du peu de sérieux de la démarche du  Front. S’il souhaite avoir les résultats des audits, il n’a  qu’à mener les démarches appropriées au lieu de brandir l’arme du boycott. Il s’agit, en somme, d’arguments suffisamment vides. On se demande comment des enseignants peuvent se décider à les suivre sur la base de ces affabulations. La vacuité est si évocatrice qu’elle ne saurait jamais susciter un quelconque intérêt d’un membre du Gouvernement et qui plus est du Chef de l’Etat. Ils peuvent être assurés que leur appel a été entendu par le Chef de l’Etat. Le seul geste de sagesse qui vaille pour eux est de reprendre tout calmement leurs cahiers et se préparer pour l’évaluation du samedi.

 

Pas ça!

 

On s’attendait à tout sauf à ce mot venant des enseignants : le mot insurrection. Des formateurs que la Nation a investis de prendre soin de l’éducation de sa progéniture parlent d’insurrection  » …éviter une situation insurrectionnelle ». Tout Béninois sérieux doit être outré en lisant cette partie de la déclaration du Front. Il s’agit d’un extrait d’une gravité telle qu’il faut se résoudre à le cacher rapidement  pour que les jeunes ne le voient. Quand des gens qu’on prenait pour des modèles se décident de convaincre l’opinion qu’ils comptent dans leur rang des badauds, il faut craindre pour l’éducation.  Comment un enseignant peut parler d’insurrection ? Quel exemple donne-t-il? Quelle logique peut guider un enseignant qui  choisit de boycotter une évaluation à se lancer dans une œuvre insurrectionnelle? Qui l’a empêché de se faire évaluer ? Pourquoi doit-il s’en prendre au Gouvernement  alors qu’il n’a même pas donné l’occasion d’apprécier ce qu’il vaut intellectuellement? On pourrait comprendre s’il y avait eu des erreurs d’appréciation de sa copie ou de ses notes. On pourrait parler d’injustice si le processus n’a pas pris en compte des mesures de réclamation. Mais on n’en est même pas là. L’enseignant qui aura délibérément choisi de ne pas se faire évaluer et qui se lancera dans une œuvre de vandalisme doit être assez sûr de sa prochaine destination.

 

Abdourhamane Touré/Actubenin

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