Suspendu le 10 Novembre 2015, le procès de la disparition mystérieuse d’un cadre du ministère de l’économie et des finances reprends ce Mardi 21 Août 2018 à la cour d’appel de Cotonou.

C’est par une ordonnance que le Président de la Cour d’Appel Hubert Arsène Dadjo a décidé du démarrage de cet procès qui a agité le régime de l’ancien président Thomas Boni Yayi.

Les deux principaux accusés Codjo Kossi Alofa et Donatien Amoussou avaient suscité un rebondissement à travers leurs dépositions. Mais le procès a été suspendu le 10 Novembre 2015 suite à l’exception d’inconstitutionnalité soulevée par les avocats de la défense. Ladite exception a été rejetée par la haute juridiction. Les yeux sont donc rivés sur la Cour d’Appel pour un procès qui risque de secouer la République.

Les temps forts du procès avant sa suspension en Novembre:

  • Déclarations de Codjo Cossi à la barre:

Vêtu d’un maillot rouge sur un pantalon jean bleu, le principal accusé dans ce dossier fumeux, un jeune homme frêle dévisage les membres de la cour et se met à leur disposition pour sa déposition. Le président Félix Dossa exhorte les interprètes à faire une traduction fidèle des propos de l’accusé.

Quand la cause de sa présence lui fut rappelée par la cour de céans, Codjo Cossi Alofa déclare ne pas se reconnaître dans la présentation de la cour. Cette réponse inattendue du principal accusé qui pourtant aurait reconnu entre temps sa culpabilité a suscité une clameur dans la salle d’audience. A le croire, rien ne s’est passé comme la cour l’a relaté. Il précise à l’attention des membres de la cour et de l’auditoire « que toute cette affaire est du théâtre. A le croire, il a accepté joué le rôle qu’on lui a confié dans cette pièce et qu’il aurait décliné l’offre s’il avait imaginé un seul instant que les choses allaient être aussi compliquées.

Pour lui, rien de ce qui est dit le concernant n’est vrai et la vérité est ce qui suit: Codjo Cossi Alofa raconte alors sa mésaventure. Il était de sorti de prison quelques temps avant l’éclatement de l’affaire Dangnivo. Après avoir quitté la prison, il a décidé un jour avec son ami Polo, un co-détenu de prison d’aller voler une moto dans la nuit du 16 Août 2010. Mal en est pris pour eux, ils ont été poursuivis par la foule qui voulait en découdre avec eux. L’ami Polo a réussi à s’échapper avec la moto volée; lui conduisait une autre moto, celle qu’ils ont amené pour l’opération. Malheureusement, la moto a eu une panne soudaine.

Pris par une foule en furie, il a eu la vie sauve grâce à l’intervention d’une personne qui s’est présentée comme étant un commissaire de police. Ce dernier le récupère et lui réclame son portable. Il a obtempéré. Il l’a déposé ensuite au commissariat de Godomey. Le lendemain il (le commissaire) revient le chercher pour le conduire dans un commissariat à Akpakpa. Le commissaire a alors utilisé son portable pour joindre une personne. Il lui apprend après l’appel que c’est son complice qu’il a joint.

Dans la suite de son récit, le principal accusé dans ce dossier a expliqué qu’on l’a ensuite conduit dans un immeuble situé dans les encablures de la pharmacie Camps Ghézo. On le prend en photo avant de le reconduire quelques jours plus tard à Godomey. Là, le régisseur l’a approché pour lui demander de coopérer avec la police.

C’est là que le commissaire Alédji est entré en scène et l’a accusé de braqueur, d’assassin. On le conduisit à la brigade de recherche de ganhi et on lui a demandé s’il connaissait le sieur Dangnivo. Ce que je répondis par la négation. Je subis un instant de torture.

Ils m’ont dit que si je n’avouais pas les faits, je serais tué. Ce même commissaire m’a dit que ce qu’il n’avait pas fait dans le cadre de l’affaire Hamani Tidjani et dont on l’a soupçonné, il le ferait maintenant avec moi, étant à deux ans de la retraite.

Ramené au commissariat du commissaire Alédji, je subis à nouveau une torture corporelle J’ai compris que ces gens-là me préparaient un coup. Plus tard, le dimanche 26 septembre, ils me demandent comment il se fait que le corps de Dangnivo se retrouve dans mon arrière cour, et pourquoi le livret de bord de son véhicule ainsi que son portable zékédé se retrouvaient dans un hôtel à Maro militaire et comment se fait-il que le numéro de Dangnivo se trouvait dans mon portable. Ils ont précisé que mon ami Polo a déjà reconnu les faits et qu’il me revient de reconnaître ma culpabilité dans le meurtre de Dangnivo et ils me sortiront d’affaire même pour le vol de moto. Ils m’ont également promis de l’argent; a expliqué le sieur Alofa.

Ce que je dois m’a été ensuite expliqué, continue le sieur Alofa. A le croire, il lui a été recommandé de dire  que Dangnivo est allé le voir pour demander de tuer des gens… Ils m’ont donc dit qu’ils me conduiront où le corps est enterré. Face aux menaces que je subissais de leur part, je me suis dit qu’en cas de refus, ces gens-là pouvaient me liquider. Mais j’ai demandé à réfléchir. Ils m’ont donc enfermé seul dans une cellule. Après, ils ont élaboré des versions avec moi, suite à mes questions. C’est là que j’apprends que le corps de Dangnivo est déjà enterré derrière ma case. On m’a fait boire un breuvage qui disaient-il devait me libérer de la peur. On me promet 25 Millions et la libération si j’exécute à la lettre les instructions; poursuit -il à la barre. J’ai fini par accepter leur proposition.

J’ai été ainsi amené à reconnaître les faits devant Cocou Sèmègan, qui serait le patron des policiers. Ensuite, j’ai été présenté à un certain Grégoire Koffodji qui serait ministre de la justice. J’ai eu alors l’assurance que je serais libéré trois mois après avoir joué ma partition dans ce scénario.

Le scénario de l’évasion de la prison de Missérété

Questionné sur sa fuite de la prison, Codjo Cassi Alofa dit qu’il n’est pas en mesure de s’échapper d’un lieu si bien gardé. Dans son développement, il reconnait que très tôt le 4 Février 2015, il a été réveillé et embarqué. On lui expliquait qu’il allait au parquet. On lui banda alors les yeux. Mais la distance à un moment me paraissait étrangement long, explique t-il. Et c’est plus tard qu’il a compris quand on lui a retiré son masque qu’il était déjà à la frontière de Hila condji.

M’ayant descendu là, ils m’ont remis une somme de 50 000 F CFA et dit que si je revenais encore au Bénin et qu’on me retrouvait, ce serait mon problème. Durant tout son développement, la salle d’audience était silencieux comme dans un cimetière.

Dans son développement, il demande à la Cour comment quelqu’un qui a été arrêté le 16 août 2010, peut-il assassiner quelqu’un le 17 août ? Il affirme avoir endossé ce crime contre la promesse d’une somme de 25 millions FCFA et sous la pression de plusieurs autorités surtout la hiérarchie militaire, à commencer par le contrôleur général de police Prince Mouftaou Alédji, le général Sèmèhlan Cocou Lègba, l’ancien Commandant de la brigade des recherches de Cotonou et d’autres agents sous leur tutelle. Une déclaration qui donne des moyens tant à la défense qu’à la partie civile. Sur les différentes questions du ministère public, il est parfois agressif et répond même par des questions surtout lorsqu’il aborde celle relative à son téléphone dont le répertoire porterait le numéro de Pierre Urbain Dangnivo. « Comment puis-je savoir l’utilisation faite de mon téléphone alors que le commissaire l’a saisi déjà le 16 août ? », a demandé l’accusé.

  • Les déclarations de Donatien Amoussou à la barre:

A la barre, le co-accusé du sieur Alofa nie également toutes les charges portées contre lui. Il nie connaitre Monsieur Cossi Codjo Alofa qui lui a été présenté par les personnalités impliquées dans ce dossier sulfureux. Il avoue avoir rencontré le commissaire Aledji au palais de la Marina, c’est-à-dire à la Présidence de la République du Bénin. Cette rencontre dit-il, est la dernière d’une série de trois. C’est dans les locaux de la présidence poursuit-il, que le commissaire Alédji lui a présenté Alofa pour lui demander s’il connaissait celui-ci.

Dans un français cohérent et un ton agressif, il dit qu’ils ont péché en ficelant très mal leur montage qui va bientôt les éclabousser. Il a fait des révélations très graves qui risquent de plonger la République. Il a affirmé qu’il a même été invité à la présidence de la République mais qu’il n’a pu rencontrer le chef de l’Etat. Il reconnait que le ministre Davo serait venu le voir à la prison pour lui remette respectivement 20.000 F Cfa, puis 80.000 F Cfa le lendemain et 200.000 F Cfa trois jours plus tard  pour sa collaboration dans le dossier.  Après lui, Théophile N’Da, un ancien ministre de Kérékou m’a donné 250.000 F Cfa pour que je collabore; précise  le nommé Donatien Amoussou.

La confusion de Grégoire Akoffodji à la barre:

Appelé à la barre , l’ancien ministre Akofodji a tout simplement titubé face à Alofa. S’embrouillant face aux questions, il versa dans le registre des menaces. Le président de céans l’aide à quitter la barre, mais il fut huée dans la cour par la population qui l’attendait dans la cour d’appel.

Les médecins légistes ne se retrouvaient plus dans les thèses scientifiques:

Les médecins légistes cités comme témoins à la barre n’ont pas été convaincants. Ils se sont embrouillés dans les théories scientifiques face aux questions pertinentes des avocats de la défense et de la partie civile.

Le commissaire Godomey a étalé ses lacunes en mathématiques:

A la barre, le commissaire de Godomey a eu du mal à justifier comment une personne arrêtée le 16 selon le registre du commissariat a réussi a assassiné le 17 un cadre du ministère de l’économie alors qu’il est supposé être dans les liens de la police.

Confronté aux questions des avocats, le commissaire n’a pu sortir de ses propres contradictions. Le président de céans s’est vu obligé de lui demander de produire la main courante du mois d’août 2010. Sur ce, la séance a été suspendue pour être renvoyée au mercredi à 8h.

Mais à la reprise du procès, elle a connu une suspension suite à une exception soulevée par les avocats de la défense. La reprise du procès ce Mercredi 21 Août 2018 captent donc l’attention de toutes les populations béninoises sur un procès qui manifestement risque de secouer la république.

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