L’ancien ministre du général Mathieu Kérékou en charge des relations avec les institutions, la société civile et les Béninois de l’extérieur a rompu le silence pour donner son point de vue sur l’actualité nationale, notamment sur le nouveau code électoral et la réforme du système partisan.

Dans des propos recueillis par les confrères Alain ALAFAÏ et Yévègnon AHIDEON, le ministre Alain Adihou a livré son point de vue sur la gouvernance actuelle, notamment sur certains dossiers qui défraient la chronique. Interrogé sur le nouveau code électoral adopté par les députés de la septième législature, Alain Adihou, dans un langage de vérité qui lui est connu, a fait le diagnostic des procédures et les motivations qui ont toujours soutenues le vote d’un nouveau code au Bénin.

« Le code électoral est souvent modifié au Bénin pour satisfaire les intérêts de quelques uns »

Pour Alain Adihou, les codes électoraux au Bénin sont rédigés de façon circonstancielle et conjoncturelle. Du coup, ce document très important qui régit les élections et qui permet au peuple détenteur du pouvoir de le confier en partie ou en totalité à ses dirigeants est manipulé selon les intérêts du moment, empêchant ainsi le peuple de confier le pouvoir en toute objectivité aux dirigeants qu’il souhaite.

« Un code électoral, après tout, est un document très important dans lequel sont établies les règles qui régissent les élections dans un pays. On ne doit pas le rédiger et le modifier tout le temps, selon les intérêts de quelques-uns. (…) Changer tout le temps les règles électorales est un jeu dangereux auquel les dirigeants ne doivent pas s’adonner. »

Alain Adihou

« Le code électoral sous Yayi contient déjà beaucoup d’incongruités parce que élaboré à la hâte et sans tenir compte de l’intérêt général »

L’ancien ministre Alain Adihou estime que c’est une sale habitude que les parlementaires béninois ont pris en modifiant tout temps, le code électoral selon l’objectif visé. A l’en croire, le code électoral adopté sous le président Yayi Boni comportait déjà des incongruités parce qu’il a été non seulement voté dans la précipitation mais en ignorant totalement l’intérêt général. Si les dernières élections législatives et présidentielles se sont passées sans incidence, poursuit Alaion Adihou, ce n’est pas parce que le code était parfait mais plutôt parce que les gens en avaient marre de  ce régime et aspiraient à un changement.

Et ces insuffisances selon l’ancien ministre, « sont dues au fait que le travail a été fait à la hâte et sans tenir compte de l’intérêt général » puisque les élections approchaient déjà et il fallait jouer aux stratégies et gymnastiques nécessaires pour affaiblir tout adversaire et s’assurer la victoire.  « Car, chers amis, ne l’oubliez jamais : dans un pays, les règles électorales inscrites dans un code constituent les premières sources et les outils de fraudes en matière électorale. » poursuit-il.

Le dernier code électoral voté présente des innovations mais des innovations qui posent problème

Pour l’ancien ministre chargé des relations avec les institutions, la société civile et les béninois de l’extérieur, le dernier code adopté par les députés de la septième législature comporte quelques innovations mais également des incohérences. Le ministre Adihou déplore les cautions fixées dans le nouveau code électoral. Pour lui, les arguments avancés pour soutenir ces cautions « ne justifient rien ».

Il estime que ce qui dérange dans ce code est beaucoup plus d’ordre moral et éthique. Les montants fixés pour les cautions, affirme t-il, est l’expression même de la surpuissance qui est accordée à l’argent au détriment des valeurs humaines.

Les cautions démesurées montrent qu’au Bénin aujourd’hui, l’argent a plus de valeur que la personne humaine. L’argent est devenu la valeur sociétale cardinale.

Alain Adihou

Pour Alain Adihou qui fait savoir ne pas être de l’avis de ceux qui défendent l’idée selon laquelle qui a l’argent est au dessus de tout le monde, « dans nos sociétés africaines, l’argent n’a jamais été la référence, et son détenteur le modèle. La personne féconde, la personne modèle, le « mindjômin », ce n’est pas celui qui a mais celui qui est« . Il déplore donc l’inversion des valeurs qui a actuellement court dans le pays au point où l’argent pour beaucoup de béninois est de loin plus important que la personne humaine. Selon lui, quelqu’un peut avoir de l’argent et être incapable de diriger un pays surtout quand on sait comment la plupart sont devenus riches dans le pays. « Dans certains pays, la caution, ce n’est pas de l’argent, ce sont des signatures des élus locaux. » martèle t-il.

« Le quitus fiscal, une vraie incongruité dans le nouveau code électoral »

En dehors de la caution, le nouveau code électoral présente également d’autres incongruités comme le quitus fiscal et les 10% de suffrage exprimé au niveau national. Selon Alain Adihou, il est bien de défendre l’idée que les candidats doivent être des gens exemplaires, des citoyens honnêtes. Des exemplarités qu’il est difficile de trouver dans la classe politique actuelle.

Les candidats aux différentes élections sont toujours des personnes physiques. Jamais des personnes morales. Supposons donc une personne physique qui est candidat. En tant que tel, il est en règle avec le fisc. Mais en même temps, cette personne est responsable d’une société qui n’est pas en règle. Le directeur que le Code a indiqué pour délivrer le quitus fiscal va-t-il refuser de le délivrer à la personne physique en la confondant avec la personne morale qu’elle incarne par ailleurs ? Je laisse cette réflexion aux professionnels de droit que je respecte beaucoup

Alain Adihou

Par rapport au 10% du suffrage au niveau national

Cette exigence protège les candidats potentiels de ce qu’on appelle la vieille classe politique, explique Alain Adihou. Pour lui, il en découle conséquemment qu’elle est fortement discriminatoire pour les nouveaux candidats et surtout pour les jeunes. En effet, si votre liste est en position de gagner des sièges de députés dans une circonscription électorale, elle ne les aura que si elle obtient en même temps au moins 10% du suffrage au plan national. Si elle ne l’obtient pas, les sièges de la circonscription électorale seront attribués à la liste ou aux listes pour laquelle (pour lesquelles) les électeurs de la circonscription n’auront pas beaucoup voté.

« En vérité, ils ont vraiment peur d’être sanctionnés »

Selon le ministre, à lire cette disposition du nouveau code électoral, c’est comme si les députés ont peur d’être sanctionnés dans leurs circonscriptions électorales respectives et cette disposition leur permettra de se rattraper au niveau national.

» En vérité, ils ont vraiment peur d’être sanctionnés. On dirait qu’une fois que nos amis, nos frères, deviennent députés, ils oublient que c’est grâce au vote des électeurs qui leur ont fait confiance. Au lieu d’être les serviteurs de ces électeurs, ils se considèrent comme leurs chefs, leurs employeurs. Ils pensent que ce sont les électeurs qui leur doivent quelque chose alors que c’est tout le contraire ! Et à la fin de leur mandat, ils ont peur d’être rejetés par le peuple qui les avait envoyés à l’Assemblée nationale, désormais prêt à les remplacer » indique le ministre Adihou qui n’a pas manqué de rappeler son appartenance à la mouvance présidentielle pour avoir été l’un des tout premiers soutiens du président Patrice Talon lors de la présidentielle passée.

Edouard Djogbénou/Beninwebtv

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