Le chef de l’Etat sortant du Honduras, le conservateur Juan Orlando Hernandez, était jeudi sur le point de remporter l’élection présidentielle face à son rival de gauche Salvador Nasralla, qui dénonce une fraude.
A l’inverse de la tendance initiale, M. Hernandez était en tête avec 42,83% des voix contre 41,49% pour M. Nasralla, star de la télévision et novice en politique, selon des résultats partiels portant sur 91,88% des suffrages et publiés par le Tribunal suprême électoral (TSE), qui a promis de finir le décompte jeudi.

Les premiers chiffres diffusés dans la nuit de dimanche à lundi créditaient de cinq points d’avance le candidat de l’Alliance de l’opposition contre la dictature sur le président, du Parti national. Depuis, l’écart s’est lentement resserré au fil du dépouillement avant que l’ordre ne s’inverse entre mercredi et jeudi.
Signe des tensions grandissantes, jeudi la police a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser une manifestation de centaines de partisans de M. Nasralla devant le siège du TSE. Ces derniers ont répliqué en lançant des pierres contre les policiers et en incendiant des barricades.
La veille, l’opposant avait accusé le tribunal de fraude et appelé ses sympathisants à se mobiliser pour défendre ce qu’il considère comme sa victoire. Ils ont manifesté dans une demi-douzaine de villes, bloquant des routes en brûlant des pneus.
Marco Ramiro Lobo, un magistrat du TSE, avait pourtant assuré mardi que l’avance du candidat de l’opposition était « irréversible ».
– Appel de l’OEA –
Interrogé sur les accusations de fraude, le président du TSE, David Matamoros, a refusé « d’entrer dans des querelles avec un candidat ».
Mais la lenteur du dépouillement a créé un climat d’incertitude, de doute et de suspicion de fraude dans le pays.
« Je ne comprends pas pourquoi ils mettent autant de temps et pourquoi il n’y a qu’un candidat (Hernandez) qui monte », s’est demandé Freddy Canales, serveur dans un café de Tegucigalpa, reflétant le sentiment de nombreux Honduriens.
La mission d’observation de l’Organisation des Etats américains (OEA) a appelé, dans un courrier à M. Matamoros, à « traiter la totalité des procès-verbaux » dans une « transparence absolue ».

AFP / ORLANDO SIERRALe candidat de gauche Salvador Nasralla brandit des décomptes de votes qu’il affirme lui être favorables, le 29 novembre 20417 à Tegucigalpa

Mercredi, le système informatique du TSE a subi une interruption de cinq heures et plusieurs autres incidents ponctuels, alimentant les soupçons.
« Nous ne reconnaissons pas les résultats parce qu’aujourd’hui (mercredi) le serveur (du TSE) est tombé en panne et ils ont commencé à entrer des données que nous ne pouvons autoriser, des procès-verbaux qui ne sont pas signés et vous pouvez le vérifier. Ce sont des procès-verbaux falsifiés », a assuré Salvador Nasralla.

Marco Ramiro Lobo, du TSE, a déclaré à Radio America que ces incidents étaient inexplicables car d’importants investissements avaient été faits dans le système informatique du tribunal. « J’ai des doutes parce que curieusement aujourd’hui, jour où la tendance s’inverse, le système informatique TSE a commencé à tomber en panne », a-t-il dit.
– ‘Pas confiance’ –
Salvador Nasralla, 64 ans, s’est présenté comme le candidat anti-corruption et a bénéficié de son image d’outsider.
Arrivé au pouvoir en 2013 après des élections contestées par la gauche, Juan Orlando Hernandez, 49 ans, avait été autorisé par la Cour constitutionnelle à se représenter alors même que la Constitution du Honduras interdit toute réélection.

AFP / ORLANDO SIERRAUn manifestant d’opposition érige une barricade devant le Tribunal suprême électoral du Honduras à Tegucigalpa, le 30 novembre 2017

Il a demandé à ses partisans d’attendre les résultats dans le calme jusqu’au dépouillement « du dernier bulletin ».
Jeudi, l’ex-président de gauche Manuel Zelaya, renversé en 2009 par un coup d’État militaire et dirigeant de la coalition de M. Nasralla, a proposé un recomptage en direct à la télévision des procès-verbaux litigieux et en présence des observateurs internationaux.

« Qu’ils (les magistrats du TSE) ne disent pas qu’ils vont faire seuls le recomptage car nous n’avons pas confiance » en eux, a-t-il déclaré.
Jorge Yllecas, militant du Front patriotique pour la défense de la Constitution, a souligné la perte de crédibilité du TSE.
« Aujourd’hui nous avons un tribunal électoral sans crédibilité, responsable de cette crise en agissant comme un subalterne du président. Il a créé une crise, une confrontation qui peut avoir des conséquences fatales », a-t-il prévenu.

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