La France devait rendre au Bénin les 26 trésors royaux pillés en 1892, à la suite d’une décision prise en novembre 2018 par Emmanuel Macron, mais Cotonou ne dispose pas encore des infrastructures nécessaires pour les accueillir.

Les Béninois devront encore patienter pour admirer sur leur sol les statues anthropomorphes, régalias ou encore trônes des rois qui ont marqué l’histoire de leur pays et qui sont exposés au musée du Quai Branly, à Paris. Le Bénin n’est en effet pas encore prêt pour accueillir les 26 œuvres pillées par la France lors de la conquête coloniale de 1892 au Dahomey.

Début juillet, en ouverture d’un forum consacré aux patrimoines africains à l’Institut de France, Franck Riester, ministre français de la Culture, avait pourtant annoncé que la France travaillait à une restitution « effective » des trésors royaux, qui pourrait même intervenir « dans le cadre d’un dépôt » avant le vote d’une loi au Parlement français devant entériner cette restitution. « La restitution des œuvres fera l’objet d’une inscription dans la loi. Le calendrier reste encore à préciser compte tenu du nombre important de textes en discussion au Parlement. (…). Dans l’intervalle, ces 26 œuvres doivent pouvoir être vues, admirées et étudiées au Bénin » a affirmé le ministre.

Mais le Bénin ne semble plus si pressé de récupérer les œuvres dont la demande en juillet 2016 s’était dans un premier temps heurtée au refus de Jean-Marc Ayrault, alors ministre des Affaires étrangères de François Hollande, avant d’être acceptée par Emmanuel Macron en 2018. À la suite des conclusions du rapport Sarr-Savoy sur les œuvres d’art africaines présentes dans les collections publiques françaises, le président français avait décidé de rendre « sans tarder » les trésors pillés.

« Une grande déception »

« On a vraiment apprécié la proposition de Paris d’un dépôt sans délai au Bénin, mais ce ne serait pas sérieux, ni même responsable, de l’accpeter. Aujourd’hui, on n’a pas d’espace, de lieu digne d’accueillir ces objets-là », a déclaré José Pliya, directeur de l’Agence béninoise de promotion des patrimoines et du tourisme, à l’AFP. Et d’ajouter : « Ce retour est tellement fort qu’on veut vraiment bien faire les choses. À la proposition française, notre réponse c’est : ‘Patience, gardez-les encore un petit peu le temps que nous soyions vraiment prêts’. »

Une déclaration qui surprend Marie-Cécile Zinsou, présidente de la fondation d’art contemporain Zinsou et très engagée sur la question de la restitution. « C’est forcément une très grande déception. Ces objets sont partis en 1892. Et là enfin, on a l’occasion de les récupérer. Et le gouvernement béninois ne peut pas le faire. C’est incompréhensible. Cela laisse tout le monde un peu sous le choc. Dire qu’on n’est pas prêt, c’est donner raison aux détracteurs », s’est insurgée Marie-Cécile Zinsou contactée par France 24.

Pour recevoir ces œuvres, le Bénin veut construire, grâce un prêt de 20 millions d’euros de l’Agence française de développement, un nouveau musée moderne dans l’enceinte des palais royaux de la ville historique d’Abomey. Classés au patrimoine mondial de l’Unesco, ils sont en déliquescence. Les travaux, qui devaient commencer en mars 2019, débuteront finalement « au quatrième trimestre de cette année et la durée des travaux sera de deux ans. Donc pour nous, le retour de ces objets est prévu pour l’inauguration de ce musée à l’automne 2021 », explique José Pliya, ajoutant que le Bénin veut inscrire ce patrimoine dans une stratégie de développement économique, de créations d’emplois.

« Il y a une urgence »

« Pourquoi n’accueille-t-on pas ces œuvres maintenant et ne les mettons-nous pas ensuite dans un musée en 2021 dès qu’il sera prêt ? Rien ne nous en empêche de les montrer maintenant », estime la présidente de la fondation Zinsou, qui est aussi historienne de l’art. L’institution privée avait déjà exposé à Cotonou pendant trois mois en 2006 les objets d’art en question, en partenariat avec le musée du Quai Branly. L’exposition avait alors attiré 275 000 visiteurs. « Nous n’avons pas eu besoin construire un musée pour exposer ces œuvres. Il y a une urgence. On peut tout à fait prendre un bâtiment qui existe, l’équiper propfessionnellement et présenter les œuvres. Nous l’avions fait en 2006. »

Mais Paris veut aller très vite et tenir sa promesse de restituer les œuvres avant mai 2020, date symbolique à laquelle doit débuter « Africa 2020 », la saison des cultures africaines en France, un grand événement annoncé par le président français lors de son discours d’Ouagadougou en juillet 2018.

Hermann Boko/France 24

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